Revue de Presse

De l’époque des études à Aujourd’hui – Théodosii SPASSOV

« Si quelqu’un m’avait dit lors de mes études à l’Ecole de Folklore : un jour, vous jouerez du Jazz, j’aurais éclaté de rire ! »

Théodosii SPASSOV (né le 4 Mars 1961) produit des sons avec le Kaval qu’aucun autre artiste n’arrive à reproduire. « A l’Ouest, beaucoup de gens pensent que ma manière de jouer de cet instrument est typique de la manière dont on joue du Kaval en Bulgarie » dit-il. « Ce n’est point du tout le cas. Si l’on demandait à un joueur Bulgare de Kaval de jouer comme j’en joue, il serait très certainement incapable de le faire. Le Kaval – flûte traditionnelle de berger – est joué la plupart du temps d’une manière très restrictive. Je joue de cette flûte d’une manière qui est beaucoup plus  ‘’ouverte ‘’ ».

Avec le temps, Théodosii a développé ses propres techniques de doigté et d’embouchure qui diffèrent complètement de la manière traditionnelle de jouer du kaval. « En jouant avec des musiciens de Jazz, j’ai découvert qu’en jouant d’une manière traditionnelle mon instrument était limité. Et que, si je voulais ne pas simplement jouer, mais réellement communiquer avec les autres musiciens, il me fallait impérativement étendre les capacités du Kaval. J’ai donc été obligé de développer une manière d’en jouer complètement nouvelle ».

Bien que dans le folklore Bulgare, le kaval est essentiellement diatonique, SPASSOV l’a complètement chromatisé pour lui permettre un jeu dans d’autres contextes musicaux (Jazz et musique symphonique) avec de vraies possibilités de dialogue musical. Avec les techniques de doigté et d’embouchure qu’il a développé, SPASSOV a également réussi à étendre considérablement le timbre de son instrument, arrivant même à lui donner des couleurs de tons rappelant le saxophone ou la clarinette.

Un peu plus tard, SPASSOV a intensifié son jeu de Kaval en lui ajoutant le chant vocal tout en jouant de son instrument. Lors d’une tournée en Grèce en 1984, des fans enthouthiastes lui firent remarquer qu’il jouait comme Ian ANDERSON de JETHRO TULL. Mais, à cette époque, Théodosii SPASSOV n’avait strictement aucune idée de qui était JETHRO TULL ! « C’est beaucoup plus tard que j’ai pu entendre des cassettes de Ian ANDERSON ». De chanter tout en jouant arrive également dans la musique traditionnelle Bulgare, l’usage d’une telle technique, ici ou là, à des moments choisis avec discernement musical ajoute du piment (“comme le sel sur un plat de choix !”) dixit Théodosii. Le dosage de cette technique est si étendu et si intense qu’il – indépendamment de son jeu de Kaval – est devenu une des caractéristiques du style de Théodosii SPASSOV.

Avec toutes ces innovations, Théodosii SPASSOV a  TOTALEMENT transformé le Kaval. A l’origine, un instrument doux, Théodosii en a fait un instrument flexible avec une puissante capacité de dialogue avec d’autres instruments dans le monde du Jazz et d’autres environnements musicaux.

Théodosii s’est mis relativement tardivement au Kaval;  à l’âge de 10 ans (au moment où son père fonda une école de kaval). A cette époque, il y avait des collèges spécialisés pour ceux qui désiraient appprendre à jouer des instruments du folklore traditionnel Bulgare. C’est dans un tel collège, à Kotel, que Théodosii fit ses premiers pas dans le folklore Bulgare. Par la suite, il poursuivit ses études à la très célèbre Académie d’Art, de Musique et de Danse de Plovdiv.

Deux évènements majeurs ont ouvert cet étudiant du Folklore Bulgare au monde du Jazz : un ami étudiant lui apporta un jour les premières cassettes disponibles à cette époque en Bulgarie – de la musique de Sarah VAUHGAN, de Wayne SHORTER, de Miles DAVIS et de Charlie PARKER – et lui donna également des partitions originales à jouer.

Théodosii indique : « C’est à cette époque, alors que les ‘’flokloristes’’ exprimaient leurs premières critiques en affirmant que ce n’était plus du folklore, que je fus immédiatement prêt à quitter ce monde clos des folkloristes ». C’est alors que SPASSOV se mit sous l’influence du ténor saxophoniste Vesselin NIKOLOV. NIKOLOV, qui avait longtemps vécu en Pologne et qui avait réalisé là-bas des enregistrements avec Krystof KOMEDA et Tomasz STANKO, tenait à Plovdiv, à cette époque, le rôle de Gourou du Jazz. Il prit de jeunes musiciens sous ses ailes et les introduisit à ses idées, très proches du Jazz avanguardiste. NIKOLOV n’était point un théoricien de la musique, mais il apprit à tous ces jeunes musiciens à penser d’une manière non dogmatique, à se pencher sur les questions d’esthétisme, de structures des solos et sur l’importance d’une présence sur scène.

En 1983, SPASSOV fonda son premier groupe : JAZZ LINIA avec une collègue d’études (la chanteuse Yldiz IBRAHIMOVA) et tenta pour la première de fusionner la musique Bulgare et le jazz.

A peine, SPASSOV avait-il commencé à incorporer d’autres influences musicales dans le jeu de la flûte Bulgare que les premières difficultées apparurent. Il reçut des couriers de critiques très dures et dût composer avec des remarques fort désobligeantes. Les ‘’Flokloristes’’ se plaignaient en affirmant qu’il détruisait le Folklore. Et de l’autre côté, la faction ”Jazz” propageait l’opinion que sa musique n’avait rien à voir avec le jazz !  Les publications culturelles Officielles de l’époque labellisaient sa musique comme ‘’ une caricature du Folklore Bulgare’’ … ‘’Le Kaval n’est pas un instrument de Jazz’’ …’’Pourquoi Mr. SPASSOV ne s’est-il point acheté un saxophone, car il ferait alors de la meilleure musique’’ … etc .. etc …. (cf NOTE CI –DESSOUS DU TRADUCTEUR)

En 1990, le fameux pianiste Bulgare Milcho LEVIEV revint des Etats-Unis où il avait choisi de vivre. Tous les musiciens de Jazz à Plovdiv se pressaient pour rencontrer cette légende vivante (acquise avec d’énormes succès aux côtés de Billy COBHAM et Don ELLIS). Parmi cette foule de fans, Théodosii SPASSOV. Tous les saxophonistes, trombonistes et trompettistes de l’époque auraient été ravi de rejeter ce vulgaire « joueur de flûte » … Mais, très rapidement, Leviev choisit le maudit ‘’joueur de flûte’’ pour un Concert en duo, à Sofia, qui fut télévisé et enregistré vu son retentissement parmi les amoureux de la Musique. Ainsi commenca une rencontre entre deux génies de génération et d’expériences différentes.

Juste après ce concert, les journalistes demandèrent à Milcho LEVIEV (considéré dans la Bulgarie de cette époque comme l’Authorité en matière de Jazz) : « Que joue SPASSOV ? Est-ce du Jazz ? Est-ce du Folklore ? » …LEVIEV répondit du tac au tac : « Vous me prenez pour un imbécile ou quoi ? SPASSOV ne joue ni du Folklore, ni du Jazz. Il joue simplement de la très bonne musique ! * » C’est ainsi que toutes les polémiques ou critiques infondées ou méchantes disparurent subitement. Depuis, Théodosii SPASSOV a reçu une reconnaissance de son talent au niveau international, particulièrement avec sa collaboration avec le percussionniste Indien Trilok Gurtu’sBand (‘’The Glimpse’’), et ses enregistrements avec Albert MANGELDORFF et l’Ensemble Radiophonique HESSEN JAZZ.

« Tous mes efforts » explique Théodosii « se sont concentrés à développer une identité musicale personnelle et d’amener la musique Bulgare improvisée au même niveau que le Jazz Américain. Quand j’ai commencé en 1983 à jouer ce style de musique, beaucoup de gens me disaient : vous ne jouez pas du jazz. Ce que vous jouez est du folklore. Aujourd’hui, avec les succès et une reconnaissance de mon travail au niveau international, les mêmes personnes m’approchent et me disent fièrement : nous jouons aussi de l’ethno-jazz ……..et je n’ai d’autres choix que de leur répondre : Je ne joue point de l’ethno-jazz. Je joue de la musique moderne Bulgare

NOTE du Traducteur : Pour les lecteurs Francophones, Il convient d’intégrer dans l’évolution artistique de Théodosii SPASSOV et les réactions officielles ou non-officielles à son talent et ses innovations le fait qu’il ait vécu jusqu’en Novembre 1989 dans un pays de l’Ex Bloc Soviétique dont les Dirigeants de l’époque se vantaient d’être une quasi République de l’ex-URSS .. et qui est encore considérée aujourd’hui par les Historiens, avec l’ex régime Albanais, comme l’une des plus strictes dictatures de l’époque et ce même en matière artistique. (jusqu’en Novembre 89, les cassettes des Beattles ne circulaient que discrètement, hors l’intelligentsia de l’époque ….).

Théodosii SPASSOV, en 2009 et ce début 2010, ne cesse d’épanouir tout son talent et son humanisme non seulement dans son pays natal (où son influence commence à s’étendre avec sa sagesse et une paix intérieure qui touchent les coeurs de ses compatriotes) mais également au niveau international où, au cours des six derniers mois, il a confirmé son statut de virtuose aux USA et a reçu un accueil triomphal,à la hauteur de son talent, au Japon.

* points soulignés par le traducteur.

Retour à la Liste Revue de Presse

Théodosii SPASSOV